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Où va t’on dans la diversion ?

 

Bien qu’étant plutôt optimiste et confiant sur l’aboutissement un jour du processus démocratique entamé par le peuple tunisien, je ne peux m’empêcher de dresser à l’heure actuelle  un bilan en demi-teinte.

Je commencerais par la fin et non le début des évènements historiques vécus par les tunisiens depuis le déclenchement de la révolution en décembre 2010.

Le gouverneur de la banque centrale de Tunisie vient de déclarer que le taux de croissance économique du pays avoisinera les 0 % pour l’année 2011, c’est un résultat contre productif.
Les perspectives de la relance économique ne sont pas plus au beau fixe non plus.

C’est sûr toutes les révolutions n’ont pas vu leurs objectifs atteints, ou ont connu des débuts très difficiles.

La notre n’a donc pas échappé à la règle, elle aurait pu connaître un destin différent, mais nous avons gaspillé nos chances de continuer la mutation des structures de notre pays à partir du formidable élan de solidarité qui nous a habité.

Pourtant nous avons franchi l’obstacle le plus dure à négocier durant lequel les forces contre-révolutionnaires ont plané sur le pays quelques semaines après le départ du dictateur déchu.Pendant cette sombre période, la peur et l’insécurité l’avaient emporté sur l’optimisme ambiant,le vide politique était grand à tel point que la tentation que l’armée prenne les commandes était largement discutée ou bien souhaitée  par la population.

Mais cette dernière a prouvé par la même occasion sa vocation  » d’armée républicaine « .

Lors des manifestations, on réclamait la dignité,le travail et surtout on demandait la tête de la famille mafieuse qui régnait sur le pays, synonyme de corruption et de pillage des richesses nationales.

Maintenant une fois Ben Ali parti que voit on: ceux qui avaient la chance de travailler n’ont pas cessé de faire des grèves à répétitions pour  des augmentations de salaires.Ces débrayages ont pratiquement mis à genou l’économie, ont augmenté dangereusement le  risque que des entreprises mettent  la clé sous le paillasson et menacé encore plus les postes d’emploi déjà précaires. Drôle de solidarité avec les chômeurs !

La cherté de la vie se fait de plus en sentir  touchant de plein fouet  les couches sociales les plus démunies le gouvernement provisoire tentant d’amortir la crise comme il le peut  !

Et ceux qui déjà possédaient un toit décent profitent du  » passage à vide  » de cet état Tunisien pour construire anarchiquement sans permis de bâtir.

Absents lorsque les jeunes se faisaient réprimer par la police pendant le soulévement, les salafistes veulent maintenant récupérer le mouvement à leur compte,ils sont certes minoritaires mais  sément la zizanie en prenant l’université tunisienne en otage.

Alors que le pays est comme un navire en perdition dans la tempête, les barbus tentent de faire diversion auprès de l’opinion publique sur un faux problème, celui de la perte des valeurs islamiques et un faux débat, celui du port du niqab si loin de nos traditions.

On est bien loin du slogan scandé par les manifestants le 14 Janvier devant le siège du ministère de l’intérieur :  » Pain,eau mais Ben Ali non  »

Politiquement ce n’est guère mieux , le 23 octobre le peuple était invité à l’occasion des premières élections libres à choisir les membres d’une future assemblée constituante dont la mission première est de rédiger la nouvelle constitution censée garantir dorénavant l’état de droit en Tunisie.

Mais depuis cette date il est peu question de la rédaction de cette constitution.Pire la coalition majoritaire ne montre aucune volonté à s’atteler au travail et vouloir résoudre la crise sociale.
Elle ne semble que s’attarder sur les querelles politiciennes et le partage du pouvoir à travers la composition du gouvernement qui tarde à venir.Plus de quarante jours sont passés maintenant alors que la durée de vie théorique de cette assemblée n’est que de un an,quelle efficience dans l’action !

Il est indéniable que les Tunisiens ont acquis la liberté d’être et surtout de s’exprimer,mais pour le moment certains  » objectifs de la révolution  » ont été détournés par une partie de la société  qui a su en profiter,  le pays semble relativement calme mais jusqu’à quand ?

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Les relations entre la Tunisie et la France vont elles connaitre un hiver rigoureux ?

Le peuple tunisien a voté ce dimanche 23 octobre 2011 pour choisir les membres de sa future assemblée constituante. Tous les observateurs aussi bien nationaux que venus de l’étranger ont été  unanimes pour témoigner du  bon déroulement dans un climat général de transparence et de liberté de ce premier scrutin libre.

La Tunisie a pu l’organiser en un temps relativement court, moins de dix mois après avoir chassé Ben Ali et son clan par la pression de la rue,une réussite malgré l’absence de tradition démocratique.Ce n’est pas une surprise , le dictateur est parti, son régime s’est effondré mais la continuité de l’état a été  assurée sans oublier la tenacité de la société civile à mettre un frein à la contre-révolution qui a failli capoté la dynamique révolutionnaire.

Ces élections sont inédites depuis l’indépendance du pays en 1956 après la fin du protectorat français de 1881, peut être même uniques dans le monde arabe.

Elles ne sont pas une fin en soi, mais elles constituent une étape importante dans la transition démocratique qui pourra servir de modèle pour le reste du Maghreb et Moyen-Orient.

Même si les résultats ne sont pas encore définitifs à ce jour, c’est le parti Ennahdha qui est déclaré le vainqueur vu sa confortable avance en nombre de sièges gagnés dans cette assemblée.

Les réactions louants la bonne tenue des élections et les félicitations pour la transition démocratique n’ont pas tardé à venir de la part des principaux dirigeants européens sans oublier les encouragements de l’administration américaine qui semble vouloir toujours prendre les devants.

Cependant un pays par le biais de son gouvernement a une position pour le moins ambiguë depuis le déclenchement de la révolution en Tunisie,  c’est la France ancienne puissance coloniale ! Après le déclenchement des manifestations de décembre 2010 et l’immolation par le feu de Bouazizi elle n’a pas vu venir ce qui allait être le début d’une révolution pacifique et ensuite le  » printemps arabe  ».

Elle ne s’est  même pas préoccupée des revendications d’aspiration à la justice et à la liberté des Tunisiens, pire elle n’a eu comme seul souci de proposer son savoir faire sécuritaire pour courir au secours du régime ami de Ben Ali, c’est ce qu’on a appelé la   » diplomatie de la matraque  » dixit Harlem Désir.

Pour rappel pendant la campagne présidentielle, en mars 2007,  le président Sarkozy s’était engagé à  » défendre les droits de l’homme partout où ils sont méconnus ou menacés « . Alors que la Tunisie vient de prendre son avenir en main à travers son peuple qui a choisi la démocratie,ce même président par le passé en concubinage avec Ben Ali  exprime maintenant son inquiétude : « La France sera vigilante sur le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques ». Quel paradoxe !

Ignacio Cembrero   journaliste à El País, le  fameux quotidien espagnol, s’est interrogé sur le manque d’enthousiasme de la diplomatie française à vouloir envoyer des signes d’encouragement au peuple tunisien après la réussite des élections.

 » La France a été mesquine vis à vis de la Tunisie qui accouche d’une démocratie  » écrit il au début d’un billet intéressant à lire.

Aussi il pense que l’on soit d’accord ou non avec les idées du vainqueur il aurait été plus judicieux de le féliciter lui qui tire dorénavant sa légitimité des urnes :

  » On peut certes s’inquiéter légitimement des intentions, sur le moyen ou le long terme, d’Ennahda. Mais d’abord il faut être bon prince et se réjouir du démarrage de cette expérience démocratique en Afrique du Nord, manifester sa volonté de l’épauler, de travailler main dans la main avec les nouveaux représentants du peuple tunisien  » .

Il conclut son article par une phrase qui résume bien à mon goût  la position de la Françe qui souffle le chaud et le froid :

«  La France qui a été la dernière puissance occidentale à lâcher Ben Ali est à nouveau la dernière quand il s’agit de fêter avec les tunisiens la démocratie naissante  » .

D’une manière générale les médias français ont relativement bien accueilli le  résultat  de ces élections, sauf que l’on sent que certains commencent à ronger leur frein et déraper pour nous resservir la sempiternelle menace islamique aux portes de l’Europe.

Tel est le cas de certains éditocrates comme l’aime à le rappeler Alain Gresh dans le blog Nouvelles d’Orient,   » Mais voilà : certains n’acceptent la démocratie que lorsque les électeurs votent comme ils le souhaitent  » souligne t’il .

Or , il se trouve que la Tunisie n’a pas fait une révolution aussi prometteuse que celle ci juste pour faire plaisir au côté Nord de la méditerannée. C’est une réelle aspiration à la liberté que malheureusement la classe dirigeante française principalement de droite a tardivement comprise contrairement à l’administration américaine d’Obama.

Cette révolution vient d’aboutir sur un processus démocratique, les islamistes sont une composante de la société avec laquelle les forces démocratiques et laiques du pays doivent composer et non exclure comme par le passé juste pour justifier la maxime  » dictature ou islamisme  » chère aux personnalités françaises qui ont presque toutes un pied-à-terre confortable en Tunisie.

Après tout ce ne sont que des élections pour l’assemblée constituante,cette assemblée a pour seule vocation de rédiger la future constitution et non pas d’élaborer une politique à long terme pour la Tunisie.Le chemin à parcourir est encore très long , Ennahdha n’est même pas assurée de s’enraciner et s’accaparer du pouvoir !

Reste à Ennahdha de démontrer comme je l’ai dit dans mon précédent billet qu’elle ne cherche pas à imposer sa vision de la société, mais plutôt laisser à tout citoyen sa propre conviction décider pour lui, de quoi dissiper  les doutes chez les plus sceptiques qui ne cessent d’alimenter le fonds de commerce des  » islamophobes  » .

Quand la France va-t-elle féliciter Ennahda en Tunisie ?  par  Ignacio Cembrero

Tunisie, les éditocrates repartent en guerre  par Alain Gresh


Ennahdha ou l’utilité de son succès en Tunisie

Quelqu'un d'autre par le passé avait dit la même chose

D’après les résultats partiels il ne fait plus de doute que le mouvement islamiste Ennahdha vient de gagner  les premières élections libres et transparentes de la Tunisie post-révolution : les élections de l’assemblée constituante du 23 octobre.

Bien qu’électoralement parlant la confusion a été introduite dans l’esprit des gens , volontairement ou pas d’ailleurs, les sujets du chômage et de l’emploi ou la baguette à 100 millimes n’ont rien à voir avec l’enjeu de bâtir une nouvelle constitution pour le pays, ces élections sont globalement un trés gros succès, un exemple à suivre pour les peuples en quête de liberté, vu la bonne organisation assurée par L’instance Supérieure Indépendante pour les Elections  ( ISIE ), le taux de participation et la discipline des participants.

Mais suite au succès d’Ennahdha dans ce scrutin, beaucoup de nos compatriotes sont devenus inquiets, pour ne pas dire atteints de la psychose  d’un éventuel  péril islamiste qui ferait retourner le pays en arrière en matière de libertés individuelles, de droits acquis de la femme.

Je ne suis pas aussi catastrophé qu’eux, je reste zen et garde mon calme, je ne prétends pas qu’il n’y a rien à craindre simplement il faut rester vigilant.

Ce qui vient de se passer en Tunisie depuis le mois de décembre 2010 est tout simplement extraordinaire, de simples sujets dans un pays gouverné par une famille mafieuse nous avons retrouvé le goût de la citoyenneté.

Jamais deux sans trois, nous avons réussi la première révolution pacifique du monde arabe, nous avons réussi les premières élections libres du  » Printemps arabe » , il n’y a aucune raison pour ne pas réussir notre première expérience démocratique.

Alors faudrait il pour autant avoir peur d’Ennahdha , croire à l’instauration d’une nouvelle dictature à la place d’une autre  comme ne cessent de marteler certais médias et oiseaux de mauvais augure dans les espaces d’expression occidentaux ?

Personnellement je ne le crois pas , ce succès n’est peut être pas contre-productif pour le  pays,  non pas parce que je partage les idées de ce mouvement  mais pour les raisons suivantes :

1. Les islamistes ont été interdits et pourchassés du temps de Bourguiba et Ben Ali à tort ou à raison. Après trois  décennies de traversée du désert  il était temps pour eux d’entrer dans la légalité en s’adonnant à l’exercice du pouvoir , en somme passer du statut d’ eternel opposant à celui de gouvernant.

2. Cet état de fait contribuera à ce que le « soufflé islamique  »  retombe une bonne fois pour toute,c’est à dire que maintenant leur objectif atteint démocratiquement on apprendra à considérer les islamistes comme une composante de la société civile, la confrontation sur le terrain de la politique et des débats étant préférable à un cycle de violence meurtrière pour ne pas citer l’ amère expérience algérienne. Il ne pourra en résulter qu’une  décrispation de l’ambiance  causée par  » la peur de l’ épouvantail islamique « qui a toujours prévalu par le passé et que nous a imposé Ben Ali appuyé par ses cyniques amis occidentaux, pour s’accaparer du pouvoir durant presque un quart de siècle.

3. La Tunisie à travers son peuple semble avoir  réalisé le rêve des Etats-Unis qui est de  résoudre le problème posé par les courants islamistes, ou comment dans le monde arabe intégrer ces mouvances dans le processus démocratique pour en finir avec l’islam extrémiste anti-occidental.

L’ administration américaine  qui ne s’y est pas trompé  ne cesse d’envoyer des signaux forts d’encouragements au processus de changement pacifique. Elle  est devenu prompte à réagir au besoin comme l’ attestent les déclarations de son premier responsable  Barack Obama :

  ’’ Aujourd’hui, moins d’un an après avoir inspiré le monde, le peuple tunisien a effectué un important pas en avant. Je félicite les millions de Tunisiens qui ont voté pour la première élection démocratique du pays qui a changé le cours de l’Histoire et lancé le printemps arabe ’’

4. Nous tunisiens possédons désormais une nouvelle arme chèrement acquise  qui s’appelle   » la liberté d’expression  » et disposons d’un formidable stock de munitions tels que les blogs, réseaux sociaux,pétitions, manifestations etc … A l’heure d’internet rien ne peut plus se passer sous silence.

5. Même si Ennahdha pour le moment est en position de force  il n’en demeure pas moins  qu’il est conscient de la tâche ardue qui l’attend. Il faut redresser  l’économie et  trouver des réponses urgentes aux revendications sociales des Tunisiens.  Manquant d’expérience il n’entend pas endosser seul toute la responsabilité politique durant cette période de transition. Partager les risques d’échecs en faisant appel à une large coalition avec d’autres partis laics telle est la voie qu’il semble choisir.

6. Enfin tout simplement les leaders d’Ennahdha ne cessent de repêter que le modéle qui les inspire  est le modéle de l’ AKP turc, ce parti islamiste qui gouverne un pays laïc. Devant  le bénéfice du doute nous devons laisser Ennahdha démontrer sa bonne foi avant de lever les boucliers.

Je vois mal sa direction politique perdre son temps à vouloir imposer la charia ou limiter les droits de la femme au risque  de déclencher un mécontentement populaire alors qu’il y a du pain sur la planche et d’autres chats à fouetter. A moins que la base que l’on dit plus radicale ne l’emporte sur les modérés !

Je suis fair play, je félicite Ennahdha pour ce probable succès.

Membres d’ Ennahdha je respecte vos convictions, en retour ne réduisez pas notre espace de liberté, laissez nous vivre comme par le passé dans une Tunisie libre et laique comme nous l’a permis de le faire Bourguiba. La balle est dans votre camp !


Allons voter le 23 octobre

La révolte des Tunisiens pour renverser  Ben Ali a été la plus pacifique du communément nommé    « Printemps Arabe ». Ce dictateur qui a  tant fait de mal à notre pays a pris ses valises et parti ce réfugier en Arabie Séoudite avec sa famille.

Mais ce n’est pas pour autant que l’on soit arrivé à éradiquer son système de gouvernance corrompu laissé en héritage à qui veut bien en profiter.

L’enjeu majeur après les élections du 23 octobre 2011 ( 20,21 et 22 pour les expatriés) pour choisir une assemblée constituante, est de bâtir une Tunisie basée sur une nouvelle constitution garante de l’ Etat de droit.

Le peuple a fait le gros du travail en chassant Ben Ali et son clan mafieux, reste aux politiciens candidats de faire le reste à savoir nettoyer les institutions et instaurer un climat sain et propice au redécollage du pays.

Je ferais confiance aux hommes et femmes intègres qui n’ont jamais flirté avec l’ancien régime pour le soutenir et en tirer profit.

Je voterais pour les hommes et femmes  qui ont  une réelle volonté de barrer la route aux anciens membres du RCD en tenues de camouflage.

Je voterais pour les hommes et femmes  qui entendent faire valoir leurs idées pour une Tunisie libre et digne , laique et tolérante et non pour ceux qui distribuent argent,cartons remplis d’aliments et cigarettes pour acheter les voix.

C’est vrai que la Tunisie a beaucoup changé depuis le 14 Janvier, hommage à nos martyrs et blessés,nous avons tous retrouvé notre liberté perdue mais que de chemin nous reste à faire…

… car une démocratie corrompue n’est pas plus enviable qu’une dictature.