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Où va t’on dans la diversion ?

 

Bien qu’étant plutôt optimiste et confiant sur l’aboutissement un jour du processus démocratique entamé par le peuple tunisien, je ne peux m’empêcher de dresser à l’heure actuelle  un bilan en demi-teinte.

Je commencerais par la fin et non le début des évènements historiques vécus par les tunisiens depuis le déclenchement de la révolution en décembre 2010.

Le gouverneur de la banque centrale de Tunisie vient de déclarer que le taux de croissance économique du pays avoisinera les 0 % pour l’année 2011, c’est un résultat contre productif.
Les perspectives de la relance économique ne sont pas plus au beau fixe non plus.

C’est sûr toutes les révolutions n’ont pas vu leurs objectifs atteints, ou ont connu des débuts très difficiles.

La notre n’a donc pas échappé à la règle, elle aurait pu connaître un destin différent, mais nous avons gaspillé nos chances de continuer la mutation des structures de notre pays à partir du formidable élan de solidarité qui nous a habité.

Pourtant nous avons franchi l’obstacle le plus dure à négocier durant lequel les forces contre-révolutionnaires ont plané sur le pays quelques semaines après le départ du dictateur déchu.Pendant cette sombre période, la peur et l’insécurité l’avaient emporté sur l’optimisme ambiant,le vide politique était grand à tel point que la tentation que l’armée prenne les commandes était largement discutée ou bien souhaitée  par la population.

Mais cette dernière a prouvé par la même occasion sa vocation  » d’armée républicaine « .

Lors des manifestations, on réclamait la dignité,le travail et surtout on demandait la tête de la famille mafieuse qui régnait sur le pays, synonyme de corruption et de pillage des richesses nationales.

Maintenant une fois Ben Ali parti que voit on: ceux qui avaient la chance de travailler n’ont pas cessé de faire des grèves à répétitions pour  des augmentations de salaires.Ces débrayages ont pratiquement mis à genou l’économie, ont augmenté dangereusement le  risque que des entreprises mettent  la clé sous le paillasson et menacé encore plus les postes d’emploi déjà précaires. Drôle de solidarité avec les chômeurs !

La cherté de la vie se fait de plus en sentir  touchant de plein fouet  les couches sociales les plus démunies le gouvernement provisoire tentant d’amortir la crise comme il le peut  !

Et ceux qui déjà possédaient un toit décent profitent du  » passage à vide  » de cet état Tunisien pour construire anarchiquement sans permis de bâtir.

Absents lorsque les jeunes se faisaient réprimer par la police pendant le soulévement, les salafistes veulent maintenant récupérer le mouvement à leur compte,ils sont certes minoritaires mais  sément la zizanie en prenant l’université tunisienne en otage.

Alors que le pays est comme un navire en perdition dans la tempête, les barbus tentent de faire diversion auprès de l’opinion publique sur un faux problème, celui de la perte des valeurs islamiques et un faux débat, celui du port du niqab si loin de nos traditions.

On est bien loin du slogan scandé par les manifestants le 14 Janvier devant le siège du ministère de l’intérieur :  » Pain,eau mais Ben Ali non  »

Politiquement ce n’est guère mieux , le 23 octobre le peuple était invité à l’occasion des premières élections libres à choisir les membres d’une future assemblée constituante dont la mission première est de rédiger la nouvelle constitution censée garantir dorénavant l’état de droit en Tunisie.

Mais depuis cette date il est peu question de la rédaction de cette constitution.Pire la coalition majoritaire ne montre aucune volonté à s’atteler au travail et vouloir résoudre la crise sociale.
Elle ne semble que s’attarder sur les querelles politiciennes et le partage du pouvoir à travers la composition du gouvernement qui tarde à venir.Plus de quarante jours sont passés maintenant alors que la durée de vie théorique de cette assemblée n’est que de un an,quelle efficience dans l’action !

Il est indéniable que les Tunisiens ont acquis la liberté d’être et surtout de s’exprimer,mais pour le moment certains  » objectifs de la révolution  » ont été détournés par une partie de la société  qui a su en profiter,  le pays semble relativement calme mais jusqu’à quand ?


Les relations entre la Tunisie et la France vont elles connaitre un hiver rigoureux ?

Le peuple tunisien a voté ce dimanche 23 octobre 2011 pour choisir les membres de sa future assemblée constituante. Tous les observateurs aussi bien nationaux que venus de l’étranger ont été  unanimes pour témoigner du  bon déroulement dans un climat général de transparence et de liberté de ce premier scrutin libre.

La Tunisie a pu l’organiser en un temps relativement court, moins de dix mois après avoir chassé Ben Ali et son clan par la pression de la rue,une réussite malgré l’absence de tradition démocratique.Ce n’est pas une surprise , le dictateur est parti, son régime s’est effondré mais la continuité de l’état a été  assurée sans oublier la tenacité de la société civile à mettre un frein à la contre-révolution qui a failli capoté la dynamique révolutionnaire.

Ces élections sont inédites depuis l’indépendance du pays en 1956 après la fin du protectorat français de 1881, peut être même uniques dans le monde arabe.

Elles ne sont pas une fin en soi, mais elles constituent une étape importante dans la transition démocratique qui pourra servir de modèle pour le reste du Maghreb et Moyen-Orient.

Même si les résultats ne sont pas encore définitifs à ce jour, c’est le parti Ennahdha qui est déclaré le vainqueur vu sa confortable avance en nombre de sièges gagnés dans cette assemblée.

Les réactions louants la bonne tenue des élections et les félicitations pour la transition démocratique n’ont pas tardé à venir de la part des principaux dirigeants européens sans oublier les encouragements de l’administration américaine qui semble vouloir toujours prendre les devants.

Cependant un pays par le biais de son gouvernement a une position pour le moins ambiguë depuis le déclenchement de la révolution en Tunisie,  c’est la France ancienne puissance coloniale ! Après le déclenchement des manifestations de décembre 2010 et l’immolation par le feu de Bouazizi elle n’a pas vu venir ce qui allait être le début d’une révolution pacifique et ensuite le  » printemps arabe  ».

Elle ne s’est  même pas préoccupée des revendications d’aspiration à la justice et à la liberté des Tunisiens, pire elle n’a eu comme seul souci de proposer son savoir faire sécuritaire pour courir au secours du régime ami de Ben Ali, c’est ce qu’on a appelé la   » diplomatie de la matraque  » dixit Harlem Désir.

Pour rappel pendant la campagne présidentielle, en mars 2007,  le président Sarkozy s’était engagé à  » défendre les droits de l’homme partout où ils sont méconnus ou menacés « . Alors que la Tunisie vient de prendre son avenir en main à travers son peuple qui a choisi la démocratie,ce même président par le passé en concubinage avec Ben Ali  exprime maintenant son inquiétude : « La France sera vigilante sur le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques ». Quel paradoxe !

Ignacio Cembrero   journaliste à El País, le  fameux quotidien espagnol, s’est interrogé sur le manque d’enthousiasme de la diplomatie française à vouloir envoyer des signes d’encouragement au peuple tunisien après la réussite des élections.

 » La France a été mesquine vis à vis de la Tunisie qui accouche d’une démocratie  » écrit il au début d’un billet intéressant à lire.

Aussi il pense que l’on soit d’accord ou non avec les idées du vainqueur il aurait été plus judicieux de le féliciter lui qui tire dorénavant sa légitimité des urnes :

  » On peut certes s’inquiéter légitimement des intentions, sur le moyen ou le long terme, d’Ennahda. Mais d’abord il faut être bon prince et se réjouir du démarrage de cette expérience démocratique en Afrique du Nord, manifester sa volonté de l’épauler, de travailler main dans la main avec les nouveaux représentants du peuple tunisien  » .

Il conclut son article par une phrase qui résume bien à mon goût  la position de la Françe qui souffle le chaud et le froid :

«  La France qui a été la dernière puissance occidentale à lâcher Ben Ali est à nouveau la dernière quand il s’agit de fêter avec les tunisiens la démocratie naissante  » .

D’une manière générale les médias français ont relativement bien accueilli le  résultat  de ces élections, sauf que l’on sent que certains commencent à ronger leur frein et déraper pour nous resservir la sempiternelle menace islamique aux portes de l’Europe.

Tel est le cas de certains éditocrates comme l’aime à le rappeler Alain Gresh dans le blog Nouvelles d’Orient,   » Mais voilà : certains n’acceptent la démocratie que lorsque les électeurs votent comme ils le souhaitent  » souligne t’il .

Or , il se trouve que la Tunisie n’a pas fait une révolution aussi prometteuse que celle ci juste pour faire plaisir au côté Nord de la méditerannée. C’est une réelle aspiration à la liberté que malheureusement la classe dirigeante française principalement de droite a tardivement comprise contrairement à l’administration américaine d’Obama.

Cette révolution vient d’aboutir sur un processus démocratique, les islamistes sont une composante de la société avec laquelle les forces démocratiques et laiques du pays doivent composer et non exclure comme par le passé juste pour justifier la maxime  » dictature ou islamisme  » chère aux personnalités françaises qui ont presque toutes un pied-à-terre confortable en Tunisie.

Après tout ce ne sont que des élections pour l’assemblée constituante,cette assemblée a pour seule vocation de rédiger la future constitution et non pas d’élaborer une politique à long terme pour la Tunisie.Le chemin à parcourir est encore très long , Ennahdha n’est même pas assurée de s’enraciner et s’accaparer du pouvoir !

Reste à Ennahdha de démontrer comme je l’ai dit dans mon précédent billet qu’elle ne cherche pas à imposer sa vision de la société, mais plutôt laisser à tout citoyen sa propre conviction décider pour lui, de quoi dissiper  les doutes chez les plus sceptiques qui ne cessent d’alimenter le fonds de commerce des  » islamophobes  » .

Quand la France va-t-elle féliciter Ennahda en Tunisie ?  par  Ignacio Cembrero

Tunisie, les éditocrates repartent en guerre  par Alain Gresh


Essayons de décoller !

Pendant que nous nous débattons dont d’inextricables problèmes post-révolution regardons outre-atlantique à quoi aboutit l’imagination des gens comme ceux de la compagnie Jetlev.

 

Chez nous on doit bien l’ avouer, le débat politique est resté bien terre à terre et l’ambiance n’est toujours pas au beau fixe pour que la mayonnaise de la démocratie prenne !

La situation n’est pas bonne car on file à contre sens. L’ insécurité due à la pagaille grandit dans certains coins de la Tunisie, on assiste à du rififi chez la garde nationale (c’est grave), le tribalisme des temps anciens ressurgit et cerise sur le gateau en guise de liberté d’expression on inquiète même les blogueurs un peu trop critiques.

Ce n’est pas demain la veille , mais rêvons à  » quelque chose  » qui viendrait du ciel  nous faire décoller le pays !

10, 9, 8, 7, … 3, 2, 1,  go!


Demain c’est l’Aid el Fitr

L ‘Aid el Fitr qui cloture 29 jours de jeûne  est pour demain le 30 Août 2011 car le Mufti de la république tunisienne a annoncé que le croissant de lune a été observé ce soir.

Comme le veut la tradition cette journée sera consacrée pour visiter les proches et amis afin de leur présenter les vœux de l’Aïd.Les enfants ravis de porter leurs nouveaux et beaux habits s’en donneront à coeur joie  d’essayer leurs  » joujoux  » achetés sur les étalages des vendeurs ambulants autorisés ou non.

Cette année zizanie oblige , la contrebande s’est amplifiée à nos frontières pour ainsi offrir  un large choix de jouets en plastique ,  pistolets , fusils, tous évoquant  la guerre. Même les petits pétards qui d’habitude interdits, ont atteint cette année sans exagération presque la taille d’un bâton de dynamite. Drôle de manière pour notre enfance de fêter l’Aid.

Quant à nous les plus grands nous remercions Dieu de nous permettre de fêter un Aid en Tunisie dans la joie et la paix,ce qui n’était pas évident, ni assuré, vu la révolte  qu’ a connu le pays depuis décembre 2010.

Lorsque on voit la tournure des événements chez notre voisin libyen ou ailleurs au proche et  moyen-orient, jusqu’à présent on  l’ a échappé belle  malgré … les  incendies, les snipers, les pillages , les braquages ,les réglements de comptes, les sits in, les gèves sauvages, les manifestations, les casseurs,les constructions anarchiques , le ciment au marché noir, l’entassement des ordures dans les rues,l’augmentation des prix, la pénurie de l’eau minérale, l’effondrement du tourisme et j’en passe

A part cela tout va bien !

Ah oui j’oubliais , je vous souhaite Aid Mabrouk et non pas Aid Moubarak et demain matin inutile d’utiliser l’expression Nharkom Zine (une variante du Bonjour en Tunisien).

Caricature parue sur elwatan.com


Kadhafi parti, on ira se baigner en Libye

La Tunisie avec ses 1200 kilomètres de côtes est, ou a été un paradis pour touristes à quelques heures de vol de l’Europe. Le dépaysement était assuré pour les visteurs tant que les plages recherchées étaient encore sauvages.

Malheureusement  le développement économique en Tunisie a surtout prédominé dans les zones cotières aux dépens de l’intérieur du pays.

Une grande partie de nos côtes a subi un bétonnage en régle, les villes cotières ont grandis et posé leurs tentacules en avalant des kilomètres de plage.

Tourisme de masse et folie des grandeurs aidants  de  pseudo- hôteliers ont construit de grands hôtels souvent laids qui ont défigurés nos côtes.

Alors à défaut de rendre à notre littoral sa virginité, rêvons à celui de la Libye encore préservé  en espérant que les successeurs de Kadhafi ne feront pas la même erreur que chez nous.


La cyber-censure dans le monde d’après Reporters Sans Frontières

 

Reporters Sans frontières a publié la carte mondiale de la cyber-censure lors de la journée mondiale du 12 Mars 2011 contre la cyber-censure.

Faits remarquables sur cette carte c’est le reclassement de deux pays, à savoir la Tunisie qui est passée de pays ennemi d’internet à pays sous surveillance au lendemain de la révolution tunisienne et la mise sous surveillance du pays des droits de l’homme la France.

 

Cliquez dessus pour agrandir

Tandis que Nawaat.org le blog Tunisien symbole de la résistance sur le net au régime de Ben Ali s’est vu attribué le prix Reporters Sans Frontières du Net-citoyen, encore une autre consécration méritée.

Dans son rapport RSF souligne l’importance de l’internet à travers les principaux réseaux sociaux Twitter et Facebook  dans l’accompagnement et l’amplification des révolutions en Tunisie puis en Egypte, révolution tunisienne qui a fait des émules jusqu’en Chine avec la ‘ Jasmine rallies ‘.

Les manifestants transformés en journalistes citoyens ont relayé sur les réseaux sociaux les images des manifestations prises grâce aux téléphones portables, notamment en Tunisie  lorsque les journalistes étaient empêchés de couvrir les événements.

Le site dédié à la journée mondiale du 12 Mars 2011.


Rendre odieuse la dette Tunisienne

Je relaye ci-dessous et à la demande d’ actionsolidairesinternationales l’article  » Rendre la dette odieuse  » relatif  à  la dette contractée par la Tunisie sous l’ancien régime de Ben Ali.

Les auteurs s’appuient sur le concept de la  » dette odieuse  » pour montrer que  le futur nouveau gouvernement démocratique est en droit de déclarer illégale cette dette tunisienne car ayant servi pour assoir un régime despotique et non pour les besoins de l’Etat.

Les auteurs pensent que l’annulation de cette dette permettra à la Tunisie, débarassée de la dictature et des prédateurs du clan Ben Ali-Trabelsi ,  d’utiliser maintenant ses fonds propres  pour   » les dépenses sociales et productives dont elle a besoin  ».

Ce concept de dette odieuse est plus que jamais d’actualité et trouve tout son sens avec les récents événements qui secouent le monde arabe.

Sous couvert de la théorie de  » la dictature ou bien l’islamisme  » des régimes  autoritaires et corrompus  ont étés soutenus par des pays occidentaux grâce à un afflux de capitaux, mais après la chute de ces despotes, les peuples  » libérés  » héritent d’un lourd fardeau à porter qu’est la dette contractée.

Dans le cas Tunisien il faudrait établir la vérité sur la part  de l’argent ayant véritablement servi au pays et celui détourné par l’ancienne dictature , car il est légitime de dire que la population tunisienne  ne peut pas assumer la responsabilité d’une partie de cette dette.

D’autant plus que la dégradation de la note de la Tunisie  par les agences de notation montre bien que l’on fait plutôt confiance à une dictature qu’à un pays en voie de démocratisation.

Alors à quoi bon rembourser ?

Rendre la dette odieuse

Le nouvel ordre colonial permet à des minorités de s’enrichir et de placer le fruit de leur exploitation au Nord, ou dans les paradis fiscaux. Même si les pays du Sud sont apparemment indépendants, l’acceptation au sein de la communauté internationale dépend de la bonne application d’une politique globale. Les révolutions en cours dans le monde arabe vont-elles s’attaquer aux divers mécanismes de domination, comme la dette, la corruption, l’évasion fiscale et la recolonisation des terres (achat massif de terres par les multinationales et les Etats étrangers) ? Le renversement d’une dictature débouchera sur un pouvoir légitime à condition qu’il revienne sur tout ce qui a amené à la stagnation du pays, à son appauvrissement. Les peuples réussiront-ils à exploiter jusqu’au bout la situation qu’ils ont ouverte ? Cela représenterait un précédent considérable pour tous les autres pays néo-coloniaux.

Une fenêtre historique pour l’émancipation

Des régimes illégitimes ont contracté des emprunts énormes auprès d’instances internationales (Banque Mondiale, Banque Africaine du Développement), d’Etats plus riches et d’instances financières privées. Les seuls intérêts de la dette sont si lourds à rembourser qu’ils exigent de réemprunter indéfiniment. Pour faire semblant d’y parvenir, les dictateurs ont accepté des Plans d’ajustements structurels (PAS) imposés par le Fond Monétaire International (FMI) au dépens des dépenses sociales, celles qui bénéficieraient aux populations. Toute ressemblance avec ce qui arrive maintenant en Europe n’est pas qu’une impression… Ici comme là-bas, les partis prétendant incarner l’alternative doivent être jugés en fonction de leur position par rapport à cette question fondamentale : quand donc les richesses produites par le peuple finiront-elles par lui revenir ?

En Tunisie et en Egypte, le pouvoir reste aux mains des mêmes appareils. Les revendications sociales se mêlent aux revendications politiques quand les manifestants ou les grévistes exigent que les responsables de l’ancien système dégagent. Pour que ces pays puissent se développer, les peuples doivent obtenir un changement économique et politique clair. Les coûts de production très compétitifs avec des salaires à « évolution modérée » ont fait de la Tunisie de Ben Ali un vrai paradis pour les investisseurs comme le fait valoir la brochure « Tunisie, des performances à partager» de l’Agence de promotion de l’investissement extérieur (FIPA Tunisie).

Les procédures judiciaires sur les biens mal acquis

La fortune amassée par Moubarak et sa famille est hallucinante. Selon le Gardian, Hosni, elle atteindrait 70 Milliards de dollars. L’essentiel serait entreposé dans les coffres de banques britannique (Bank of Scotland, filiale de la Lloyds) et suisse (UBS), ou consisterait en biens immobiliers à Londres, New-York, Los Angeles ou le long de la Mer Rouge. Selon Christopher Davidson, professeur spécialiste du Moyen-Orient, à l’université de Durham, Mubarak, sa femme et ses deux enfants ont accumulé leurs richesses grâce à de nombreux partenariats avec des investisseurs étrangers. Selon l’anecdote rapportée par un journal algérien, à un importateur égyptien de Peugeot se plaignant auprès d’Hosni que « son » fils lui a taxé un pourcentage conséquent de son investissement, le Raïs a répondu en substance : « mais enfin, considère mon fils comme le tien ». En Egypte, les politiciens et leurs alliés militaires exigent environ 20% d’intérêts lors de l’implantation d’entreprises, source de profits importants sans apport initial et à peu de risques.

Du côté tunisien, les Ben-Ali-Trabelsi et consorts auraient amassés une fortune estimée à 5 milliards d’euros, selon le magazine américain Forbes. Le président déchu aurait des intérêts dans plusieurs secteurs : banques, transports, immobilier, télécoms, en Tunisie et à l’étranger, souvent aux noms de personnes liges parmi son entourage familier, notamment son beau-frère Belhassen Trabelsi et son gendre Mohamed Sakhr El Materi. Il s’agit de banques privées en Tunisie (Banque de Tunisie), plusieurs compagnies aériennes (Karthago Airlines), des hôtels 5 étoiles en Tunisie (Karthago), des hôtels particuliers en Argentine, à Dubaï, au Canada… Sans parler de ses nombreuses villas luxueuses en Tunisie (Sidi Bou Saïd, Port El Kantaoui, Monastir, Utique…)

Dans les deux cas, une partie de la fortune doit très probablement dormir au chaud dans des paradis fiscaux.

Une bataille judiciaire contre les corrompus et leurs complices corrupteurs

Trois associations (Sherpa, Transparence International France et le Comité arabes des Droits humains) « ont déposé une plainte auprès du Procureur de la République de Paris à l’encontre de différents membres des familles Ben Ali et Trabelsi dans le but d’obtenir l’ouverture d’une information judiciaire relativement aux avoirs qu’ils possèdent en France. » Cela a été suivi le 24 janvier 2011 de l’annonce par le parquet de Paris de l’ouverture d’une enquête préliminaire. Les trois organisations « auraient préférées l’ouverture d’une information judiciaire et la désignation d’un juge d’instruction, le cadre de l’instruction étant plus adapté pour obtenir rapidement le gel des avoirs et accéder aux demandes d’entraides judiciaires internationales. »

Notons aussi que cette enquête préliminaire a été ouverte avec un délai suffisant pour permettre à l’essentiel des fonds de disparaître… Interrogé par Libération le 18 janvier, l’avocat William Bourdon de l’organisation Sherpa, qui s’est déjà illustré dans une plainte concernant les biens mal acquis de trois dirigeants africains, signale que Ben Ali avait la veille, le 17 janvier, vidé ses comptes en Suisse, ce qui « pose d’ailleurs des questions sur l’attitude de ces banques ». Selon une source diplomatique, l’Union européenne (UE) a ensuite acté jeudi 20 janvier le principe d’un gel des avoirs de Zine El Abidine Ben Ali et de ses proches, mais la décision formelle n’interviendrait qu’une dizaine de jours plus tard.

Après avoir cautionné Ben Ali pendant fort longtemps en fermant les yeux sur son régime, les médias occidentaux ont été forcés à parler de dictature et de régime corrompu mais on n’entend jusqu’à présent pas parler des corrupteurs. Il ne saurait pourtant y avoir de corrompus sans corrupteurs.

Pour récupérer les sommes considérables placées au Nord, la bataille judiciaire est l’affaire de spécialistes. Mais cette bataille demande un soutien populaire et des informations militantes. Le Canada est disposé à geler les avoirs de Ben Ali, s’il reçoit les documents de la part des autorités tunisiennes. Cela nécessite une pression internationale, une campagne unitaire d’interpellation des responsables de la Justice.

La dette et ses vautours :

Pour s’armer et construire une industrie au service du Nord, les régimes dictatoriaux ont contractés une dette importante dès les années 60, les pays du Sud qui sera multipliée par 12 entre 1970 et 1980, les mettant dans une situation économique intenable. De nos jours, la dette extérieure (privée et publique) des pays en voie de développement s’élève à 2600 milliards $. La réponse du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale aux difficultés de ces pays est la conception des « fameux » plans d’ajustement structurels (PAS), qui conditionnent l’octroi de toute nouvelle aide. Concentrés de mesures macroéconomiques ultra-libérales destinées à rétablir la solvabilité des pays, ils combinent privatisations, coupes sévères dans les dépenses publiques, dévaluation monétaire, libéralisation des mouvements de capitaux, suppression des barrières douanières et désengagement de l’Etat. Leurs coûts sociaux et humains se révèlent désastreux. En imposant des modèles exclusivement tournés vers l’exportation de produits aux cours fluctuants, ces plans drastiques ne permettent même pas de restaurer la solvabilité des pays du Sud. Pire, ils alimentent la spirale de l’endettement et maintiennent les peuples colonisés dans la misère.

Plutôt qu’une aide, la dette est un moyen de captation des richesses et de pression sociale sur les pays du Sud.

L’exemple tunisien, et la doctrine de la « dette odieuse »

En arrêtant de rembourser une dette odieuse dont seule la dictature a profité, la Tunisie pourrait utiliser son argent pour les dépenses sociales et productives dont elle a besoin. Cette dette s’élève à 21,8 milliards d’euros en 2008, ce qui représente 130% du PIB. De 1990 à 2008, le service de la dette a récupéré plus de 18,5 milliards d’euros sur le dos des tunisiens.

Les cas de l’Argentine et de l’Equateur sont intéressants. Ces pays, après avoir suspendu unilatéralement le payement et renégocié leurs dettes, n’ont pas connu le chaos qui leur était prédit. Cela a libéré des fonds pour augmenter les dépenses sociales dans la santé, l’éducation et dans le développement d’infrastructures de communication.

La Tunisie sort directement de la dictature ; le nouveau gouvernement démocratique, une fois en place, a toute légitimité et tout intérêt à déclarer illégale la dette contractée depuis le putsch de Ben Ali. Cet acte souverain s’appuie sur le droit international. La doctrine de la dette odieuse, élaborée en 1927, stipule que : « si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’État, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, cette dette est odieuse pour la population de l’Etat entier (…). C’est une dette (…) personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir. » La Tunisie de Ben Ali répond parfaitement à cette doctrine. Un audit de la dette odieuse pourrait lui servir entre autres à montrer les complicités en vue d’exercer des poursuites contre ces responsables.

Les agences de notation dégradent la note de la Tunisie, montrant une fois de plus que les acteurs financiers préfèrent une population opprimée et une dictature qui protège les intérêts des détenteurs de dette plutôt qu’une population libre bénéficiant des richesses de son pays. Toutefois, la situation économique de la Tunisie sera bien meilleure si le pays se dégage de la dette contractée par la dictature.

Nous pouvons contribuer à la réussite de la révolution dans des pays que notre Etat a opprimés, et opprime encore.

Daniel, Leila et John.

Pour aller plus loin.